#4 - Face au mur de parpaings

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tapis de course dans un garage particulier
Courir ou marcher face à un mur de parpaings...

Le corps humain est une machine d’une lenteur exaspérante. Pour quelqu’un comme moi, qui a grandi avec les iPhones et autres prouesses technologiques et la livraison en 24h, c’est presque une insulte.

On veut un objet ? En 2026, un clic, et il arrive presqu'instantanément (bon, au détriment de la planète, mais c'est un autre débat !). On veut une information ? Google nous la livre avant même qu’on ait fini de taper. Et avec les intelligences artificielles génératives, c'est de pire en pire...

Mais quand on veut perdre 15 kilos, le bouton « Prime » n’existe pas. Et c’est là que mon mental de jeune trentenaire décroche.

Le crash (psychologique) de février

Il y a quelques mois, j’avais un plan. Je m’entraînais pour mon premier 10km, prévu pour le week-end de Pâques. J’avais la route, l’air frais, et cette sensation de mouvement. C'est mon pote Saïd qui m'avait mis au défi, fin octobre 2025.

Puis, le 26 février 2026, le verdict est tombé : retrait du permis de conduire B et B1 pour raisons médicales.

Ce n’est pas seulement le droit de conduire que j’ai perdu ce jour-là, c’est toute ma dynamique. J’ai encaissé le choc en m’enfermant. J’ai arrêté de courir, j’ai arrêté de sortir, et j’ai laissé le temps d’écran grignoter mon énergie. Le projet de 10km a fini dans ce fameux tiroir où je range mes rêves inachevés (un de plus !). Les 90 kilos, eux, n’ont, bizarrement, pas bougé. Ils se sont même installés plus confortablement.

La marche inclinée : l’ascension face au parpaing

C’est ma femme qui a ramené l’idée de la marche inclinée. Sur le papier, c’est l’activité parfaite pour mon nouveau périmètre : plus efficace que la course, plus douce pour les articulations, et surtout, réalisable ici, sans avoir besoin de prendre la route. En plus, j'ai un tapis de course de compétition à la maison ! Toutes les conditions étaient réunies. Ou presque.

Je règle la pente à 10/12 %. Sous mes pieds, le tapis défile avec un bruit régulier, presque hypnotique. Face à moi, il n’y a pas de paysage grandiose, juste le mur en parpaings de mon garage. C’est une confrontation directe avec moi-même. Parfois, je ferme les yeux pour oublier l’immobilité, et je me concentre sur le souffle. C’est le paradoxe de ma vie actuelle : simuler une ascension face à un mur gris, tout en étant guidé par une technologie de pointe.

Pour la petite anecdote, mon pote Saïd, encore lui, m'a dit : "Courir face à un mur, ça forge le mental de ouf ! Perso, je ne pourrai pas".

Mais le bug de la stagnation me guette toujours. Mon cerveau de « génération immédiate » (vouloir tout, tout de suite, là, maintenant) interprète le moindre plateau comme un échec. Si le chiffre ne descend pas, pourquoi continuer à grimper ? Du coup, j'ai arrêté de me peser depuis fin février.

tapis de course à basic fit
Pour l'entraînement de mon 10km, j'alternais entre Basic-Fit, la maison, et les courses en extérieurLe k

L’IA comme prothèse de volonté

J'aime bien ce titre. Je suis "prothésé" de tous les côtés : une prothèse dentaire, une prothèse auditive externe et une prothèse auditive interne. Pour un mec de 30 balais, c'est déjà pas mal non ?

C’est ici que la technologie intervient. J’utilise Bevel 3.0 sur mon Apple Watch. Apple nous donne la data (dans un truc totalement imbuvable mais bon... ça n'a pas l'air de les faire tiquer depuis plusieurs années !), mais Bevel nous donne le « pourquoi ».

J’ai testé leur nouvelle IA début mai. Je ne lui ai pas seulement demandé d’analyser mes résultats, je l’ai interrogée sur la logique de ses suggestions et conseils. Pourquoi l’entraînement proposé était-il si différent entre le matin et le soir ? L’intensité, la durée et la vitesse variaient, alors que mon objectif, lui, restait le même. Tu te souviens ? Moi, j'veux perdre 15 kilos, illico-presto (ou presque !).

Sa réponse n’était pas un simple graphique. Elle m’a expliqué qu’elle s’adaptait à ma « disponibilité » biologique. En croisant mon sommeil et ma banque d’énergie restante, elle a jugé que mon corps pouvait encaisser de l’intensité au réveil, mais qu’il avait besoin de douceur avant le dîner.

Traduire la maladie

Pour quelqu’un qui vit avec une pathologie complexe, cette IA change la donne. Quand on est malade, on a tendance à soit sous-estimer ses capacités par peur, soit à les surestimer par défi, au risque de s’épuiser.

Bevel agit comme un garde-fou. L'application met des mots sur des données que l’on peut facilement surestimer ou ignorer, comme l’impact du stress métabolique sur la récupération. Elle m'aide à naviguer dans le brouillard de mes ressentis en m'indiquant quand je peux pousser et quand je dois impérativement freiner. Ce n'est plus seulement un coach sportif, c'est un traducteur qui m'aide à comprendre ce que mon corps essaie de me dire.

Le challenge

Je me lance un défi : une séance de marche inclinée par jour pendant une semaine. Pas pour voir le chiffre 89 apparaître par magie, mais pour voir comment mon « âge métabolique » réagit à la régularité.

Je ne suis pas paresseux. Je suis juste un homme qui apprend, grâce à des lignes de code, que la plus belle des technologies reste celle qui nous permet de nous reconnecter à notre propre rythme. Même si c’est à la vitesse d’une calèche, et même si la route s’est arrêtée contre un mur en parpaings. Je veux arriver à perdre ces kilos superflus. Je veux retrouver un équilibre à ma vie. Et vivre avec.